Opérations d’influence russe en Europe : quels outils ?

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© Groupe Studyrama pour Grenoble École de Management.

L’influence russe en Europe de l’Ouest, mais pas seulement, comprend un ensemble de perceptions mêlant autant des réactions à des actions réelles qu’une représentation de la Russie comme acteur sur la scène internationale. Depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine (1999), la Russie montre une activité croissante dans le cyberespace et la sphère informationnelle au service de sa politique étrangère.

Il y a une différence entre considérer la Russie comme une puissance ennemie et représentant donc une « menace » et le fait de ne pas réagir à une volonté politique moscovite de modeler l’espace européen à son avantage sans y répondre. C’est-à-dire qu’il s’agit de se considérer soit comme un acteur et donc d’essayer de conserver une certaine influence sur le modelage de l’espace européen ou bien de se contenter d’être un observateur, soit un enjeu ni plus ni moins.

Un certain nombre de conclusions en cyberstratégie conduisent à relever que la cyberconflictualité produit ses effets et ses transformations dans et sur l’ordre politique pour l’essentiel dans la couche sémantique ou culturelle (et non pas dans les couches matérielle et logicielle). C’est dans cette couche qu’est véhiculée le sens de l’action stratégique.

Les opérations d’influence russe ne se limitent pas à l’Europe. Bien au contraire, elles concernent le Monde de par la portée des médias russes mais plus particulièrement les zones d’intérêt stratégique pour la Russie, à savoir l’Europe de l’Ouest, la Méditerranée et l’Asie centrale pour l’essentiel. Ce qui dessine une sorte de stratégie de désencerclement, tout du moins, une tentative de desserrer l’étau.

Les dernières évolutions diplomatiques ne se comprennent pas sans ce plan d’ensemble puisque l’ouvrage collectif sous la direction de Thomas Flichy de la Neuville – Chine, Iran, Russie – Un nouvel empire mongol ? (Lavauzelle, 2013, 92 pages) – dessinait bien avant l’intervention militaire de Moscou en Syrie un ensemble géopolitique cohérent par sa communication stratégique et ses orientations politico-militaires et politico-économiques. Les succès de ces trois puissances sur la scène internationale pour les années 2016 et 2017 confirment la pertinence de cette analyse.

C’est pourquoi il s’agit de replacer les instruments d’influence russe à l’aune de l’ouvrage de l’Amiral Raoul Castex – De Gengis-Khan à Staline : Ou les Vicissitudes d’une manoeuvre stratégique, 1205-1935 (1935, 188 pages) – c’est-à-dire sur les plans historiques, géographiques et politiques : de la géopolitique. Ainsi, il nous apparaîtra très clairement que les directions imprimées à l’action stratégique de Moscou mêle un ensemble d’outils de manière très cohérente. Et osons même ajouter que cette cohérence compense la puissance pauvre qu’est la Russie et fait son succès sur la scène internationale.

La culture stratégique russe, notamment, mais pas seulement, mise en exergue par Yannick Harrel – La Cyberstratégie Russe (Nuvis, 2013, 248 pages) – permet d’expliciter comment et pourquoi la gloire et la misère du Rus de Kiev influence encore aujourd’hui le rapport de Moscou à l’intelligence stratégique, au sens anglais du terme. L’élévation de grands groupes mondiaux, des agences de presse aux médias de masse, permet à Moscou d’imprimer ses positions et préoccupations dans l’opinion publique mondiale. Ces outils sont un relais efficace vis-à-vis des populations se défiant d’un modèle de société et dont les représentants, entre groupuscules et partis politiques, peuvent recevoir un soutien de Moscou. Cette culture du partisan, au sens schmittien du terme, recevait une éclatante confirmation lors de l’annexion de la Crimée.

Le brouillard de la guerre permet à Moscou, malgré une action visible dans ses lignes directrices, de tirer parti d’un flou stratégique dans le cyberespace et les actions diplomatiques traditionnelles, afin de repasser à l’offensive stratégique. La peur de la « cinquième colonne » russe dans un certain nombre d’élections renvoie une image disproportionnée des capacités réelles russes et de leur mise en pratique. Une certaine culture de la dissuasion semble émerger.

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