Dix petits nègres

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La France se doit d’affronter ou affronte déjà le retour de ses citoyens partis combattre en Syrie dans différentes fonctions opérationnels (des premières lignes jusqu’au soutien). 700 seraient toujours en Syrie tandis que 200 seraient « morts » là-bas. Des chiffres à prendre avec des pincettes puisque les bilans comptables sont difficilement vérifiables. Comment accueillir ces revenants ?

L’exemple de l’enclave pénitentiaire sur la base navale américaine, concession territoriale à Cuba, est le parfait contre-exemple de ce qu’il faut faire. Elle avait pour corollaire quelques lieux complémentaires que furent les prisons secrètes de la CIA, notamment en Europe. Ce trou noir du système juridique américain est sans fonds et ces lieux servent surtout à une détention arbitraire qui peine à prendre fin, si jamais cela était possible.

Quelques voix s’affirmaient en France pour imiter le système, très longtemps après sa création, bien que ses inconvénients et ses résultats mitigés, pour ne pas dire médiocres, sont depuis longtemps sous nos yeux et dans les colonnes de nos journaux et revues. C’est pourquoi il y a lieu de ne pas considérer comme des propositions sérieuses la réouverture de Cayenne ou la création d’un centre d’enfermement dans l’archipel des Kerguelen.

Par ailleurs, l’autre corollaire à ce système était l’usage systématique de la torture même si cela était habillé de quelques recherches juridiques. Difficile de pouvoir affirmer ou infirmer si cela était d’une quelconque efficacité opérationnelle. Par contre, il y a tout lieu d’opposer à quelques propos faciles qu’il n’y aurait que la torture comme méthodes pour les interrogatoires de prisonniers.

Cela est faux et nous détourne d’autres manières de procédés qui peuvent s’avérer extrêmement efficace sans violer la moindre règle, la moindre valeur. Par exemple, l’historien américain Douglas Porch – The French Secret Services: From the Dreyfus Affair to the Gulf War (1995) – relevait que pendant la Grande guerre (28 juillet 1914 – 11 novembre 1918) le Deuxième bureau amenait les soldats allemands capturés depuis la zone de combat jusqu’à une cellule d’attente avant interrogatoire. Parqués là, souvent individuellement, avec un autre « soldat allemand », en réalité un français parfaitement germanophone. La chute de l’adrénaline, le maelström des sentiments du combat et le sentiment d’être avec un camarade, un frère d’armes étaient autant de choses qui permettaient aux langues de se délier.

Cette approche connaissait, au moins, une expérimentation à plus vaste échelle. « Seulement, les instructeurs de ces jeunes soldats germano-américains le leur ont expressément défendu. On ne menace pas ! On ne frappe pas ! On ne torture pas ! Les recrues trouvent cela curieux. Ces gens-là ont commis des crimes atroces contre l’humanité et il faudrait être gentil avec eux ? Leur instructeur principal est un spécialiste des interrogatoires du nom de Sanford Griffith. Pendant la Première Guerre mondiale, déjà, l’homme a interrogé des prisonniers allemands. Il a conçu des méthodes visant à faire parler la personne assise face à lui. Règle numéro un : être aimable. Non seulement parce que c’est inscrit dans le droit international, dans la convention de Genève de 1929 et dans le code militaire de l’US Army. Mais aussi et surtout : parce que ça marche. »

Un camp secret était alors construit alors aux États-unis pour interroger une partie des prisonniers allemands. Il se composait de baraquements, de villas pour les plus importantes personnalités ainsi que d’infrastructures dédiées aux loisirs (piscines, etc). Cela procédait d’enseignements tirés de la Première Guerre mondiale, notamment du fait que « Les Allemands en particulier. Ils ont le besoin irrépressible d’apprendre quelque chose à leur interlocuteur. “Les prisonniers de guerre allemands essaieront de nous en remontrer”, explique Griffith.

Les qualités et défauts peuvent simplement être exploités sans violence. Et cela même s’il peut s’agir de « monstres » pour la vulgate populaire.

C’est pourquoi il y a tout lieu de renverser le paradigme mis en place depuis les années 2001-2002 par le prisme de cette expérience. À la remarque près que nous ne sommes pas juridiquement en guerre. Rien n’interdit, cela dit en passant, la constitution d’un sas de décompression pour Français partis faire le djihad avec intégration sur la seule base du volontariat et sans jamais prétendre à se soustraire à l’action des services judiciaires. Cela permettrait de regrouper rapidement les revenants les moins agités et de se focaliser plus facilement sur les plus récalcitrants.

La France ne manquent ni d’îles, ni de douceur de vivre, ni de francophones, ni d’arabophones de tous les accents.

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