L’État tutsi, enjeu sécuritaire de la région des grands lacs

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L’une des manières d’aborder la situation du Kivu – formé de deux divisions territoriales de la République Démocratique du Congo – est la dynamique démographique régionale alliée à la recherche et du pouvoir et d’un État dans un contexte marqué par des tensions identitaires ayant posés des frontières de plus en plus marquées entre les ethnies. L’ensemble de ces dynamiques expliquent partiellement la sensibilité de la thèse de la formation d’un État tutsi au détriment de la région Kivu de la République Démocratique du Congo.

La Communauté économique des Pays des Grands Lacs (CEPGL) est une Organisation Internationale (1976). Son objet est la promotion d’un espace à facilités de circulation des biens et des personnes, voire de libre-échange dans certaines ambitions. Ses pays membres sont le Rwanda, le Burundi et la République démocratique du Congo. Et c’est suffisamment curieux pour le relever que d’autres pays ont une légitimité géographique à rejoindre cette OI comme, par exemple, la Tanzanie et l’Ouganda, voire la Zambie, soit des pays frontaliers des membres de la CEPGL.

Depuis l’indépendance des Burundi et Rwanda (1er juillet 1962), l’histoire politique des deux États est mêlée d’alternances au pouvoir des Hutus et Tutsis avec des massacres commis par les deux ethnies. Le génocide 1994 au Rwanda est l’épisode le plus marquant bien qu’il ne doit pas occulter les autres tragiques épisodes des tensions politiques de la région des Grands lacs. La phase actuelle consiste en une domination politique des Tutsis – minoritaires – dans un temps relatif de paix. Et les hécatombes passées ont durablement fragmentés les sociétés de plus en plus hermétiquement séparées entre les ethnies.

La démographie de cet espace international est intéressante à plus d’un titre. De manière très générale, les populations sont jeunes et bénéficient d’une forte croissance démographique.

La République Démocratique du Congo est composée majoritairement – soit 80% d’une population de 81,3 millions d’habitants – par l’ethnie bantoue (65 millions d’habitant). Cette même ethnie est aussi présente en Tanzanie, un pays de 44,9 millions d’habitants dont 95% de Bantous (soit 42,65 millions d’habitants).

Les deux populations jointes (126,2 millions d’habitants) sont constituées de 107,65 millions de bantous, soit un poids démographique non-négligeable bien que d’un poids politique peut être négligé et/ou négligeable.

Cet axe Ouest-Est qui s’ignore peut-être du fait des distances géographiques sur deux territoires relativement peu denses en êtres humains (50 et 30 habitants/km² respectivement pour la Tanzanie et la République Démocratique du Congo) et donc à une forte inertie en matière de communication mais aussi en besoin de déplacements des populations.

A contrario, et sur un axe également perpendiculaire à la côte mais plutôt Est-Ouest, nous trouvons les deux pays à population majoritairement hutue que sont le Burundi et le Rwanda. Le premier, fort d’une population de 11,1 millions d’habitants composée à 85% de l’ethnie majoritaire hutue (9,4 millions d’habitants). Le deuxième, fort lui aussi de l’ethnie hutue majoritaire (84%), bénéficie d’une population de 13 millions d’habitants (soit 10,9 millions d’habitants).

Les deux populations jointes représentent 24,1 millions d’habitants (dont 20,3 millions de Tutsi, le solde étant constitué très majoritairement de Tutsis (3,8 millions d’habitants). Si l’infériorité démographique est évidente sur le plan quantitatif (107,75 millions de Bantous contre 20,3 millions de Hutus pour seulement 3,8 millions de Tutsis), le rapport s’inverserait sur le plan territorial.

Non pas que le Burundi et le Rwanda bénéficient d’un territoire à la hauteur de leur démographie, c’est exactement l’inverse. Et justement, là où nous avons sur le premier axe proposé une densité humaine modérée (30 à 50 habitants/km²), nous retrouvons, au contraire, une densité humaine comparable à celles des pays les plus industrialisés – Pays-Bas, Allemagne, par exemple -, c’est-à-dire de l’ordre de 400 à 420 habitants au km² sur des États très exigus (27 800 km² pour le Burundi et 26 400 km² pour le Rwanda) face aux géants continentaux voisins.

Les phénomènes démographiques sont amplifiés par le modèle économique dominant qu’est l’agriculture. Les économies peu diversifiées du Burundi et du Rwanda reposent à une part écrasante sur l’agriculture pour, respectivement, 50 % et 40% du PIB des deux États. L’indicateur en valeur cache une a autre réalité qui est que le secteur agricole emploie près de 90% de la population des deux États, relativisant largement la place des secteurs industriels.

C’est pourquoi il y a la collusion entre deux économies agricoles, une très forte densité humaine et, en conséquence, des territoires trop exigus n’offrant pas ou plus assez de terres arables. C’est dans cette perspective que l’objet de l’organisation internationale CEPGL est particulièrement intéressant puisqu’il peut et est accusé de faciliter des déplacements de population des États du Burundi et du Rwanda à destination des régions frontalières de la République Démocratique du Congo, en particulier le Kivu (décomposé en deux territoires internes au Congo : les Nord-Kivu et Sud-Kivu).

La déconstruction du fait politique en République Démocratique du Congo s’accompagne corrélativement d’une décomposition de la souveraineté nationale dans les zones les délaissées par le pouvoir étatique. Par exemple, dans les riches territoires en ressources de l’Est les interventions étrangères laissent la place à une opération sous mandat de l’ONU, la MONUSCO. Si cela stabilise le ou les conflits armés pour la recomposition locale du pouvoir politique en vue de l’exploitation des ressources, cette intervention onusienne ne permet pas non plus au pouvoir central de recouvrer sa souveraineté sur les territoires, dont les deux couvrant le Kivu.

Le débat politique actuel se focaliserait sur une attention des acteurs de la scène internationale grandissante quant à la situation humanitaire dans la République Démocratique du Congo et une dynamique démocratique qui serait favorable aux ethnies majoritaires, en particulier après les radicalisations identitaires entraînées par les épisodes sanglants depuis l’indépendance. Si bien que les parties semblent rechercher une décision quant à « la thèse de la recherche d’un Tutsiland qui se grefferait sur le territoire congolais au détriment, cela va de soi, du Kivu [la création d’un “Etat tutsi” est l’une des raisons avancées pour expliquer la formation de ces groupes armés]. » (David Menge Onakaya) Il y aurait d’ores et déjà 0,3 millions de Tutsis congolais.

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