2018 : Un nouveau livre blanc ?

© Tactical Software.

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Les candidats à l’élection présidentielle pour les affaires militaires louvoient dans l’absolu entre une revue stratégique des programmes et un nouveau livre blanc. Cette dernière option devrait nous inquiéter car elle risque d’user la somme des intelligences au service de la stratégie militaire et de nous faire perdre un temps considérable tandis que cet exercice ampute le politique de ses prérogatives.

Prenons un exemple sans prendre parti. L’affaire du service militaire dans la forme prônée par M. Macron est symptomatique des relations entre le Politique et les militaires. L’incompréhension fut grande entre quelques officiers-généraux qui proposaient un « parcours citoyen » et l’équipe de M. Macron traduisant la chose en un service militaire obligatoire d’un mois. C’est peut-être un parfait cas d’école de la mauvaise traduction d’une demande d’une administration par le Politique alors que ce dernier était enclin à satisfaire la demande initiale, au moins par le discours.

C’est pourquoi il y a matière à se demander si la volonté de lancer un nouveau livre blanc est le fruit d’une volonté de bien faire. Cet exercice permettait aussi au Président Hollande de se démarquer de M. Sarkozy. Mais dans les deux cas, que l’intention soit louable ou non, cela n’enlève rien à l’inutilité de l’exercice. 

Pour rappel, la France lançait sa force de frappe au cours d’un processus initié en 1945 avant même le rétablissement complet de l’État sous la férule du général De Gaulle et la décision d’acquérir l’arme nucléaire était cristallisée sous Mendès France. Il faudra attendre 1960 pour qu’explose Gerboise bleue, 1964 pour la mise en service en Mirage IV et des AN-22, 1972 pour la première patrouille du Redoutable. Année où paraissait le premier livre blanc.

À l’inverse, le livre blanc de 1994 sanctionne la fin d’une période et les ajustements d’ores et déjà effectués de 1985 à 1991 sans vraiment lancer de grands chantiers ou acter la transformation profonde de l’outil militaire. Par ailleurs, les livres blancs de 2008 et 2013 justifient quant à eux une politique de déflation et une réflexion stratégique, au mieux, peu ambitieuse, au pire : tout à fait médiocre.

Les deux derniers cas sont symptomatiques d’une considérable perte de temps car aucune réflexion acérée ni foudroyante ne transparaît des exercices de 2008 et 2013, ni même un bouleversement profond et étalé dans le temps de l’outil militaire. Par ailleurs, ce dernier est peu ou prou le même qu’en 1994. Le jeu de chaises musicales entre les brigades et divisions n’était pas bien convainquant car cela ne se traduit pas sur le terrain.

C’est pourquoi il y a tout lieu de s’interroger sur la pertinence de la rédaction d’un nouveau livre blanc qui est un processus long d’un mois. Il monopolise excessivement l’attention des état-majors, exacerbe les rivalités inter-armées, voire inter-armes pour, finalement après cette guerre civile larvée entre épées, ne même pas remettre en cause les grands équilibres budgétaires. Il s’agit toujours de tout faire, sans jamais trancher. Et l’autre farce est la question du PA2 qui, avec ou sans le nouveau porte-avions, ne modifie en rien les équilibres, les priorités dans les équipements.

Ce serait peut-être plus efficace de se contenter de plusieurs grands discours du Président de la République sur des sujets très particuliers qui permettent d’orienter les priorités dans le cadre d’un plan général. Un livre blanc lui retire ce rôle, quelque part. Et ce serait un moyen de réfléchir à la traduction d’une stratégie militaire dans tous ses aspects en remettant régulièrement l’un de ces aspects sur l’échafaud.

Par exemple : avec ce qui se passe en Syrie, il y a matière à faire un beau et grand discours sur la position diplomatique de la France et sa posture interne, notamment vis-à-vis de la dissuasion nucléaire. Pas besoin d’un livre blanc qui n’aborderait même pas ce sujet en profondeur.

In fine, un Président de la République qui s’intéresserait régulièrement à la chose militaire au travers d’un sujet stratégique particulier permettrait de l’aborder dans le cadre de la stratégie militaire existante et de sa traduction circonstanciée. Cela obligerait le Chef de l’État à arbitrer et donc mettre fin aux querelles intestines par son avis tranché. Mais mieux encore, réalisant la fusion des niveaux politique et militaires, il pourrait aussi encadrer ces priorités militaires par la mise à niveau des politiques civiles. Si l’ordonnance de 1959 n’est plus, sa pertinence est toujours plus vive chaque jour. Et le Premier ministre retrouverait pleinement son rôle dans l’action inter-ministériel sur un point donné.

Les candidats à la présidence de la République se sont déjà exprimés et souvent de manière assez détaillées sur les priorités qu’ils entendent donner à un quinquennat, voire deux. C’est pourquoi il s’agirait plutôt de replacer la parole présidentielle dans un ou deux grands enjeux polico-militaires à traduire dans une loi de finances. Le Parlement jouerait alors, lui aussi, tout son rôle.

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